L’art de remettre les pendules à l’heure

Philippe Collignon, belge d’origine, a installé son atelier d’horlogerie à Saint-Saint-de-Laur début 2026. Cet ancien ingénieur en micro-mécanique a tout quitté pour vivre pleinement ses deux passions : 
le Lot et les montres anciennes.

Il passe ses vacances dans la région depuis vingt ans. Le Quercy : c’était un coup de cœur, comme une évidence. Il y a acheté une bâtisse en pierres sur le causse, entre Cajarc et Limogne.

Après des études d’ingénieur industriel en Belgique, ce scientifique a travaillé trente ans dans le domaine de la construction puis de la mécanique de précision. En parallèle de cet emploi salarié, il tombe amoureux de l’horlogerie.

Très jeune, j’étais déjà intéressé par la notion du temps qui passe.

Il commence par démonter des vieux réveils en autodidacte, avant de pousser la porte d’un cours du soir pour adultes et d’apprendre les principes de base relatifs au fonctionnement d’une pendule. « Cela m’a donné le goût de horlogerie qui est devenue une passion dévorante ». Il y consacre la plupart de ses soirées et week-ends depuis dix ans.

Après un questionnement professionnel, il se décide à ouvrir son propre atelier, attenant à sa nouvelle résidence à l’année, dans le charmant village de Saint-Jean-de-Laur, aux portes de l’Aveyron. Au quotidien, son métier consiste à entretenir, réparer des vieilles montres, pendules, comtoises, réveils et chronographes. Cette révision est aussi appelée « rhabillage en chambre », lorsque l’objet est en panne et doit faire l’objet d’un remplacement de pièces. Il s’agit alors de rectifier des jeux, remplacer un ressort, corriger une avance ou un retard. Cela passe par des étapes de démontage, nettoyage, remontage avec une inspection de chaque élément et de la lubrification à chaque pivot. Pour terminer, il effectue une phase de test.

Formation et qualités de l’horloger

Comment se forme-t-on aujourd’hui au métier d’horloger ? « Il y a des écoles spécialisées, elles sont de moins en moins nombreuses mais il en existe à Bordeaux, à Paris et en Suisse notamment ». Philippe s’est formé en Wallonie en parallèle de sa profession, avec l’aide de passionnés et de son élan d’autodidacte féru. « L’apprentissage n’a pas été un effort, cela m’est venu assez naturellement ». Avec de solides connaissances en mécanique fine, il appréhende très vite les notions d’effort, de transmission d’effort et de frottement.

Le métier requiert beaucoup de patience, d’adresse et de mémoire. « On travaille avec des loupes et des pinces – aussi appelées les « brucelles » – qui nous permettent de manipuler les pièces, extrêmement petites et fragiles ». Parmi les gestes types : l’assemblage de mobiles sur des platines, avec l’usage du tournevis pour assembler les ponts l’un sur l’autre. L’une des opérations les plus délicates et techniques consiste à redresser le ressort spirale. « On peut vite plier et tordre les éléments si l’on n’y connaît rien ». Il faut être observateur et avoir un esprit analytique. « Quand vous devez forcer sur un mouvement, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas ». Autrement dit : il faut savoir s’arrêter avant de casser quelque chose. Au-delà de cette dextérité indispensable, il est nécessaire d’avoir de bonnes oreilles. Philippe s’aide d’un chronocomparateur, une sorte de stéthoscope de l’horloger.

On écoute le tic tac, on sait détecter s’il y a des frottements quelque part.

Penché sur son établi, il ne peut penser à rien d’autre qu’à ce qu’il est en train de faire. 
« C’est un exercice de concentration très apaisant. Cela me rend heureux et m’apporte de la sérénité, c’est pour cela que j’ai décidé d’en faire mon métier ».

Sous la lumière blanche est posée ce matin une montre automatique suisse de la marque Eberhard. Elle indique le jour et la date, « une petite complication technique » précise-t-il. Arrivée bloquée, elle va bientôt être démontée et passer au bain dans une machine à laver les mouvements, avant les étapes de séchage et d’inspection. Après analyse, le diagnostic est posé : « Je vais probablement changer le ressort de barillet – l’organe moteur de la montre – puis remplacer le verre, polir le fond et le boîtier ». La plupart des montres s’arrêtent lorsqu’elles sont trop encrassées.

Philippe n’a pas de montre fétiche, mais il y a un mouvement mécanique qui lui plaît tout particulièrement : c’est celui de la marque Zodiac, dit « de haute fréquence ». Chaque seconde est coupée en dix, ce qui donne une fluidité inégalable à la trotteuse.

Quand on sait que c’est de la mécanique et que ça a été réalisé dans les années soixante, sans ordinateur ni commande numérique, cela force le respect ! Je suis admiratif devant les performances d’un telle invention.

Horloger, un métier en perdition

Philippe est l’un des rares horlogers installés sur la région. « Ceux qui sont déjà présents terminent leur activité, avec des carrières qui se poursuivent au delà de quatre-vingt ans ». Les écoles attirent peu de candidats, malgré le regain de l’intérêt pour le vintage.

Je pense qu’il est important que ces anciens encore en exercice depuis plusieurs décennies transmettent leur savoir aux jeunes générations.

En tant que connaisseur et bavard à l’accent chantant, Philippe a plein d’anecdotes à partager sur l’histoire de l’horlogerie. Sa petite collection personnelle lui en donne l’occasion.

Quelques anecdotes

Les pendules comtoises

Les pendules comtoises (du Jura ou du Doubs) étaient autrefois assemblées par des paysans qui remontaient de la vallée à l’automne avec des ébauches de mouvement. Ils faisaient tous les réglages, occupant ainsi leurs journées d’hiver où le bétail était enfermé. Ils descendaient au printemps avec les pendules accrochées dans le dos pour les vendre dans la vallée.

Les noms trouvés sur les cadrans sont souvent ceux du revendeur.

Les pendulettes d’officier

On appelle pendulette d’officier, ou « de voyage », ces petites horloges transportables, demandées par Napoléon qui en avait assez que ses officiers ne soient jamais à l’heure pour les réunions et plans de bataille de la journée. Elle avaient été demandées afin que ses armées aient l’heure et le réveil.

Rhabilleur en chambre, une appellation ancienne

Le terme rhabillage pour une montre, consiste à changer des points de pivot, des bouchons dans une pendule. Pourquoi y ajoute-t-on la précision « en chambre » ?

Tout simplement parce qu’il n’y a pas de vitrine. Ce n’est pas comme une bijouterie, cela se fait sans la présence de clientèle.

L’horloger collecte des montres et s’en fait envoyer pour les réparer à domicile.

Plus d’informations : 07 86 06 94 20 – www.ahlabonheur.fr

Texte et photos : Marion Coene

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