Éleveur pastoral dans les Causses du Quercy

« C’est notre œuvre »

La ferme du Mas de Mouysset est nichée en haut d’une colline sur le causse de Limogne. Quelque part dans le Lot, entre Cajarc et Saint-Jean-de-Laur, elle est traversée par le chemin de Saint-Jacques de Compostelle.

Les brebis de race Causses du Lot y pâturent dans ces vastes bois, combes et prairies, offrant aux regards des marcheurs privilégiés une carte postale quercynoise. Cent-quarante hectares éloignés de tout ; un lieu sacré où se perpétuent, à l’abri des regards, les savoir-faire d’autrefois.

La famille Rames cultive des terres et élève des bêtes depuis plusieurs générations. Maurice, Francis, et maintenant Nicolas. 38 ans.

J’ai toujours su que je voulais reprendre la ferme.

Il suit un cursus agricole à Figeac avant d’être inséminateur bovin en Bouriane. En 2014, il saute le pas et rejoint la ferme familiale. Le déclencheur : l’opportunité de reprendre, en parallèle, une activité viable en maïs semence. « J’ai acheté un corps de ferme et quelques champs en contrebas, au bord de la rivière ». Dans la foulée, il fait le choix de réduire le troupeau bovin pour agrandir le cheptel de brebis. Aujourd’hui, il en compte trois cent vingt.

L’élevage ovin permet de valoriser toutes les landes et parcours, tous les sous-bois autour de l’exploitation. Il permet aussi de limiter les incendies, de modeler le paysage sans abîmer la végétation, avec un impact positif sur la biodiversité. « J’ai nettoyé beaucoup de parcelles initialement fermées, en broyant ronces et genièvres, ce qui a permis de valoriser l’herbe ». L’attaque des buis par la pyrale a considérablement changé le paysage ; de l’herbe s’est levée à la place. « Sans les brebis, tout cela ne serait plus qu’un tas de ronces » constate-t-il.

C’est un très beau métier où chaque jour est différent.

Mais cela lui impose des contraintes journalières, des astreintes pour veiller sur les animaux. C’est aussi prenant que passionnant. « D’où l’intérêt d’être à plusieurs. Ce que j’aurais aimé » regrette-t-il. Il n’a pas les moyens de recruter. Quant à l’idée de s’associer, elle lui semble difficile avec la configuration du site : la maison familiale est au centre, l’appropriation serait ardue pour quelqu’un de l’extérieur.

Il ne cache pas la complexité de son métier. D’un point de vue sanitaire d’abord, avec la multiplication des épidémies. Avec les démarches administratives, prenantes. Et bien que le commerce des agneaux soit florissant, l’activité reste financièrement fragile. Nicolas se veut optimiste malgré tout.

J’encourage les jeunes à se lancer dans cette activité qui a du sens.

Il est né dans cet écrin de verdure et y a toujours vécu. Il aime cet environnement tranquille et préservé qu’il contribue à façonner, dans la lignée de sa famille.

« C’est notre œuvre » déclame-t-il. Au fond, ce qui l’anime, c’est l’idée de maintenir et de valoriser ce que les ancêtres avant lui ont bâti durant des décennies.

Les brebis ne sont pas des animaux domestiques. Pour autant, Nicolas cultive une forme de respect et d’attention vis-a-vis d’elles, visible dans ses gestes au quotidien : les attraper correctement, les contenir, les soigner. Les bichonner durant leur gestation. Les surveiller, surtout au moment de l’agnelage : « avoir l’œil de l’éleveur » dit-il.

Il faut se forcer à regarder attentivement, sans se presser même lorsque les événements nous appellent ailleurs.

C’est un réel exercice d’observation, à affûter en permanence. Il détecte ainsi celles qui traînent la patte, qui baissent la tête ou cessent de s’alimenter.

Si on prend vraiment le temps, on le voit.

Preuve d’une certaine qualité de présence au monde. Et puis, il y a la mise à bas. Un moment magique mais délicat que l’éleveur maîtrise, dans lequel il a toujours baigné. Ses enfants y assistent, parfois. « Je leur apprends des réflexes simples mais essentiels tels que celui d’enlever la poche sur le nez des agneaux pour qu’ils prennent leur première respiration ». Enfin, il y a la partie la plus agréable : la transhumance. Une itinérance qui lui laisse parfois le temps de quelques rêveries.

Article réalisé dans le cadre de l’année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux 2026.
Texte et photos : Marion Coene.

Les fous du pissenlit

À Curemonte, François Guionie est gérant de la boutique Lou Pé Dé Gril, ce qui signifie « le pied du grillon » en patois. « La légende raconte qu’en allant du nord au sud, c’est le premier mont où l’on peut entendre chanter les grillons », nous raconte cet enfant du pays. Avec sa compagne, Marie, ils produisent des spécialités aux pissenlits, dont la plus célèbre est un apéritif à base de fermentation de fleurs, citrons et raisins secs.

La dent-de-lion y est exploitée sous toutes ses coutures : bouton acidulé, chutney, gelée, sirop. Des condiments originaux proposés par ce professeur de cuisine, fils de précurseurs. Ses parents, autrefois éleveurs de veau sous la mère, ont dû se réinventer après la crise de la vache folle.

À l’origine, le pissenlit ne rentrait pas dans la nomenclature des produits autorisés à la consommation humaine.

Avec leur verger, ils confectionnent aussi confitures, gâteaux et autres préparations à base de fruits et de noix. Là aussi, ils font preuve de singularité en donnant des noms humoristiques à leurs créations. C’est ainsi que l’on retrouve par exemple des biscuits à base de mique, cuits comme des biscottes, joliment nommées « les Miscottes ».

On essaie de dépoussiérer ce côté terroir, tout en respectant les recettes traditionnelles.

On ne manquera pas de noter la cocasserie des bocaux de cornichons… Leur devise : « Faire les choses sérieusement, sans forcément se prendre au sérieux ».

Leurs produits sont vendus en direct, sur les marchés et dans les épiceries fines. Dans la boutique, on découvre aussi d’autres producteurs, pour qui François a toujours une anecdote. L’enseigne, ouverte à l’année, attire les locaux comme les visiteurs. « Je fais du circuit court et j’ai la chance d’avoir le temps d’expliquer notre travail. Mais force est de constater que beaucoup sont encore déconnectés du système de production ».

« On ne savoure pas les choses de la même manière quand on en connaît la provenance et la qualité ».

Ici, rien ne se perd, tout se transforme. Les coquilles de noix servent comme moyen de chauffage. Les couvercles des pots sont habillés avec les chutes d’un tapissier. Les déchets alimentaires sont donnés aux poules. Et le couple travaille sur un projet permettant de valoriser les fleurs une fois utilisées.

On ne va pas chercher le volume, mais l’utilisation maximale des matières premières.

Des efforts soutenus pour tendre toujours plus vers le zéro déchet et le zéro carbone. Seuls les bocaux viennent d’Albi. En prime, l’emballage des coffrets en plastique va très prochainement être remplacé par du carton.

François et Marie sont heureux d’avoir rejoint le label Origine Corrèze qui leur a permis de développer leur réseau. « Les personnes qui l’animent au sein du département déploient une énergie énorme ». En complément de leur activité principale, le couple loue des studios de vacances dans ce Plus Beau Village de France, idéalement situés sur le GR de Pays du Midi Corrézien.

Article initialement réalisé pour le compte de Vallée de la Dordogne Tourisme.
Texte : Marion Coene. Photos : Marion Coene, Mélanie Petit.